À quelques heures du vote historique à l’Assemblée générale des Nations unies, c’est la voix du Togo qui a résonné pour défendre une idée simple : représenter le monde tel qu’il est.
En première ligne, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a appelé jeudi soir l’ensemble des États membres à soutenir la résolution « Corriger la carte », portée par Lomé au nom des 54 pays du Groupe africain.
« Cette initiative vise à favoriser une meilleure compréhension de notre monde et à le représenter plus fidèlement », a déclaré le chef de la diplomatie togolaise sur son compte officiel X, lors d’une réception organisée en l’honneur des délégations onusiennes.
Robert Dussey : « Ce débat est scientifique, pas politique »
Pour le ministre Dussey, l’enjeu dépasse la géographie. Il s’agit de corriger quatre siècles de distorsion héritée de la projection de Mercator, conçue en 1569 pour la navigation et non pour refléter la réalité des continents.
« Ce débat n’est pas politique, c’est un débat scientifique : les preuves géographiques sont irréfutables, nous devons tous accepter la réalité », a-t-il insisté devant les correspondants de presse onusiens.
L’argument est massif : la projection de Mercator réduit visuellement l’Afrique à la taille du Groenland, alors que le continent est en réalité 14 fois plus grand. Une distorsion que Robert Dussey et l’Union africaine qualifient de « colonialisme cartographique ».
La résolution portée par le Togo ne demande pas d’interdire Mercator. Elle recommande son remplacement progressif par des projections à surface égale, comme la *carte Equal Earth de 2018*, dans tous les contextes clés : écoles, administrations, outils numériques publics et privés.
Un leadership togolais au service de l’Afrique
En portant ce texte au nom de tout le continent, le Togo confirme son rôle de porte-voix de l’Afrique à l’ONU.
Le ministre Dussey a présenté ce vote comme « un test de la capacité du continent africain à parler d’une seule voix à l’ONU ». Et il mise sur le consensus : 54 États africains soutiennent déjà le projet, sur la lancée de la résolution ghanéenne de mars dernier sur la traite négrière, adoptée par 123 voix.
Pour Robert Dussey, « Corriger la carte » s’inscrit dans la continuité de la dynamique de réparation et de justice portée par l’Afrique aux Nations unies.
Et après le vote ? Lomé en 2027
Si l’Assemblée générale adopte le texte ce vendredi, le Togo passera immédiatement à l’étape opérationnelle.
Comme l’a annoncé le ministre Dussey, *Lomé accueillera au premier trimestre 2027 un sommet international* réunissant l’Unesco, l’Union africaine et des géants du numérique comme Google Maps. Objectif : définir un calendrier commun pour intégrer les nouvelles cartes dans les manuels scolaires et les plateformes mondiales.
« Représenter le monde tel qu’il est, ce n’est pas un détail, c’est la base d’une relation plus juste entre les nations* », rappellent les organisateurs de la campagne, saluant le leadership togolais.
Dépasser 4 siècles de représentations faussées
Au-delà de la technique cartographique, Robert Dussey voit dans cette initiative un levier pour corriger les perceptions. Pendant des siècles, la carte de Mercator a, selon les militants, renforcé l’idée d’un Sud global « secondaire ».
Les résolutions de l’AGNU n’étant pas juridiquement contraignantes, leur poids politique reste décisif. Avec un vote favorable, les autorités togolaises espèrent enclencher une évolution rapide des normes mondiales, tant dans l’éducation que dans les outils du quotidien.
Le vote formel est attendu dans la journée du vendredi 4 septembre 2026.
D’ici là, le ministre Dussey poursuit ses consultations à New York pour arracher la plus large majorité possible à ce texte qui, s’il passe, fera de Lomé la capitale mondiale de la « justice cartographique ».

