Quand les tambours résonnent à Pya et que la poussière des Evala recouvre les arènes, la Kozah ne vit pas seulement au rythme de la lutte et de la tradition. Elle devient aussi un amphithéâtre citoyen. Au milieu des stands, des danses et des retrouvailles, l’*Instance de Protection des Données à Caractère Personnel, IPDCP, a planté ses couleurs.
Loin des salles de conférence, l’institution a choisi le cœur battant de la culture kabyè pour parler d’un sujet résolument contemporain : la maîtrise de notre identité numérique.
Faire de la fête un levier de pédagogie
Les Evala drainent chaque année des milliers de personnes. Jeunes, aînés, diaspora, curieux venus d’ailleurs : c’est cette diversité qui a motivé le déploiement de l’IPDCP. Des équipes en gilets identifiables circulent depuis le lancement officiel du 12 juillet. Elles ne distribuent pas seulement des dépliants. Elles engagent la conversation.
L’enjeu est de traduire en langage simple des notions souvent perçues comme techniques. Qu’est-ce qu’une donnée personnelle ? Qui peut la collecter ? À quelles conditions une photo ou une vidéo peut-elle être publiée ? Que dit la loi togolaise quand nos informations d’état civil ou nos empreintes biométriques sont enregistrées ?
Sur les tables d’information, on trouve des visuels, des cas pratiques et des fiches réflexes. Autour, les échanges vont bon train. Un jeune demande s’il peut filmer un combat et le poster sans autorisation. Une mère s’inquiète des formulaires qu’on lui fait remplir pour une aide sociale. Un enseignant veut comprendre les risques liés aux applications mobiles. À chaque question, un agent de l’IPDCP apporte un éclairage juridique, mais aussi des conseils concrets.
À l’heure où le téléphone est devenu le prolongement de soi
Le choix des Evala n’est pas anodin. Dans un contexte où le smartphone est devenu omniprésent, où les réseaux sociaux documentent chaque instant et où les services en ligne exigent toujours plus d’informations, la donnée personnelle est devenue une ressource précieuse, et parfois une vulnérabilité.
L’IPDCP le rappelle avec pédagogie. Chaque Togolais est détenteur de droits. Le droit d’être informé, le droit d’accéder à ses données, le droit de s’opposer à leur utilisation abusive. La collecte, le traitement et la diffusion doivent s’inscrire dans un cadre légal. En dehors de ce cadre, c’est la porte ouverte aux usurpations, aux arnaques et aux atteintes à la vie privée.
En venant au contact direct des populations, l’instance veut ancrer cette idée. Protéger ses données n’est pas un luxe réservé aux experts. C’est un réflexe quotidien, au même titre que fermer sa porte le soir.
La proximité comme méthode d’action publique
Cette présence à Pya s’inscrit dans une stratégie plus large. Depuis plusieurs mois, l’IPDCP multiplie les descentes de terrain. Elle était déjà intervenue dans les marchés, les universités et les administrations. Elle mise désormais sur les grands rassemblements populaires pour toucher un public plus large et plus varié.
L’objectif affiché est de faire de la protection des données un réflexe collectif. Accompagner la transformation numérique du Togo, ce n’est pas seulement déployer des infrastructures. C’est aussi outiller les citoyens pour qu’ils naviguent en confiance, qu’ils connaissent leurs droits et qu’ils comprennent leurs responsabilités.
À Pya, l’accueil est à la hauteur. Les visiteurs s’arrêtent, posent des questions, repartent avec un support. Certains reviennent le lendemain avec un proche. L’institution a ainsi transformé un espace de fête en un espace de dialogue.
Pour les responsables de l’IPDCP présents sur le site, cette campagne n’est pas un one-shot. Elle prépare le terrain pour les prochaines étapes dans les autres cantons qui accueilleront les Evala dans les semaines à venir.
Le message porté est simple et ferme. Le numérique offre des opportunités immenses. Mais il exige de la vigilance. Derrière chaque clic, chaque partage, chaque inscription, il y a des données qui nous appartiennent et qui méritent respect et protection.
En s’invitant aux Evala 2026, l’IPDCP montre qu’il est possible de parler de droit, de technologie et de citoyenneté sans quitter le terrain de la culture. Et qu’au cœur même de la tradition, se joue aussi l’avenir de notre vie privée.
IPDCP : protéger vos données, c’est protéger votre dignité.

