Il n’y a pas encore eu de chute. Pas encore de premier sifflet. Mais à Pya Lao, tout vibre déjà. Quelques minutes avant le lancement officiel des Evala 2026 dans la préfecture de la Kozah, l’arène et ses abords forment un seul et même cœur qui bat.
Dans l’arène : la tension sacrée avant l’assaut
Au centre, la terre a été damée, tracée, bénie. Les notables sont assis, graves, sous les ombrages. Les jeunes impétrants kabyè patientent en retrait, torse nu, le corps enduit, le regard concentré. Des mois de jeûne, de travaux champêtres et d’entraînement physique les ont conduits jusqu’à cet instant.
Autour du cercle, les tambours résonnent par vagues. Les chants des anciens montent, graves et cadencés. Chaque battement semble éprouver le courage des lutteurs. Les femmes poussent des youyous pour porter chance à leurs fils. Les aînés, bâton en main, rappellent les règles : respect de l’adversaire, endurance, maîtrise de soi.
Ici, on ne vient pas seulement pour vaincre. On vient montrer qu’on est prêt à devenir homme.
Hors de l’arène : une marée humaine en fête
À l’extérieur du cercle, c’est une autre scène qui se joue. Des milliers de spectateurs venus du Togo, des pays voisins et de la diaspora forment une marée compacte. Pagnes wax, boubous brodés, écharpes aux couleurs du canton : Pya Lao s’est parée pour l’événement.
Les retrouvailles vont bon train. Des familles qui ne s’étaient pas vues depuis un an s’embrassent. Les vendeuses crient le nom des beignets, du tchoukoudou et de l’eau fraîche. Les jeunes brandissent des drapeaux, reprennent en chœur les chants traditionnels. Plus loin, des groupes de danse exécutent des pas guerriers sous les applaudissements.
Des membres de la diaspora, venus d’Europe et d’Amérique, filment, photographient, émus. Pour eux, revenir à Pya Lao en période d’*Evala*, c’est renouer avec la racine.
Pya Lao donne le ton
L’arène de Pya Lao ouvre traditionnellement les hostilités de l’*Evala* dans la Kozah. Elle donne le rythme que suivront, dans les jours à venir, les autres cantons selon le calendrier fixé par les chefs traditionnels.
Ce samedi, l’ambiance mêle solennité et liesse. Solennité, parce qu’un rite millénaire s’apprête à éprouver une nouvelle génération. Liesse, parce que tout un peuple se retrouve pour célébrer la force, la cohésion et l’identité kabyè.
Alors que les premiers lutteurs s’avancent vers le centre, un dernier roulement de tambour couvre les clameurs. La poussière se lève.
Evala 2026 a commencé. Et avant même le premier combat, Pya Lao a déjà gagné : celui de faire vibrer une communauté tout entière.

