Durant deux jours, la ville de Kara a vibré au rythme du vivre-ensemble. Elle a abrité la 4ᵉ édition du Forum national du dialogue interreligieux, un espace devenu essentiel pour réfléchir collectivement à l’avenir du Togo à la lumière des valeurs de foi, de tolérance et de responsabilité citoyenne.
Portée par le ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et du Développement des territoires et soutenue par la Fondation Konrad Adenauer Stiftung, cette édition a marqué une rupture dans la forme. Au-delà du cadre institutionnel, *l’IPDCP, Initiative pour le Dialogue et la Prévention des Conflits au Togo, a donné au forum une assise populaire. En amont, ses équipes ont parcouru les marchés, les établissements scolaires, les lieux de culte et les centres de jeunes de Kara et des préfectures voisines. Leur mission était de parler simplement du dialogue interreligieux, de lever les malentendus qui associent parfois religion et violence, et de préparer les communautés à faire leurs les conclusions qui seraient tirées à Kara.
Cette présence de terrain a transformé la composition même du forum. Sous le chapiteau se sont retrouvés des responsables religieux chrétiens, musulmans et traditionnels, des jeunes leaders, des représentantes d’associations féminines, des préfets, des maires, des universitaires et des partenaires techniques. Tous portaient la même ambition : replacer les communautés de foi au cœur des réponses à apporter à l’insécurité, aux fractures sociales et aux défis de développement local.
Prenant la parole au nom du ministre de l’Administration territoriale, le colonel Béléi Bédiani, Directeur des Cultes, a appelé à un changement de regard. Pour lui, dans un environnement régional instable, la diversité religieuse ne saurait être un facteur de division. Elle doit être assumée comme une force. Il a invité chacun à faire du respect de la différence le fondement de l’unité nationale et s’est adressé directement à la jeunesse afin qu’elle choisisse le dialogue contre les préjugés et qu’elle devienne, dans les quartiers comme sur les réseaux sociaux, une force de médiation et de paix.
Louisa Mendoza, représentant la Fondation Konrad Adenauer Stiftung, a rappelé que les grandes religions partagent un socle commun. Dignité humaine, solidarité, justice et responsabilité traversent tous les enseignements spirituels. Ce sont aussi les piliers d’une citoyenneté exigeante. Elle a souligné que le travail de sensibilisation conduit par l’IPDCP a permis de rappeler que ces valeurs ne se proclament pas seulement dans les grandes rencontres, elles se pratiquent d’abord dans la famille, dans la rue et dans la vie quotidienne.
Les échanges ont abordé des questions urgentes. Les participants se sont penchés sur les moyens de prévenir l’extrémisme violent en outillant les leaders religieux pour repérer et désamorcer les discours de haine. Ils ont analysé la manière dont les prêches et les sermons peuvent promouvoir le civisme et le respect des institutions. La place des jeunes et des femmes dans les instances de décision religieuses et communautaires a occupé une large part des discussions, tout comme la nécessité de faire de la foi un levier pour la protection de l’environnement et la gestion durable des ressources naturelles. De chaque atelier sont sorties des propositions concrètes destinées à être mises en œuvre sans délai.
À la clôture, les recommandations ont tracé une feuille de route. Il a été proposé de mettre en place dans chaque préfecture des cellules de veille interreligieuses en lien avec l’IPDCP et les autorités locales afin d’assurer une alerte précoce. Les responsables de séminaires et d’écoles coraniques ont été encouragés à intégrer l’éducation à la paix et à la tolérance dans leurs programmes de formation. Les participants ont également plaidé pour la création d’un fonds dédié au financement des initiatives interreligieuses portées par les jeunes, notamment dans les domaines de la cohésion et de l’entrepreneuriat. Enfin, ils ont insisté sur la nécessité de renforcer la collaboration entre l’État, les organisations religieuses et la société civile pour une réponse plus rapide et plus coordonnée aux tensions.
Le fil conducteur de la prochaine édition a été suggéré par l’assemblée elle-même : foi, jeunesse et développement durable pour bâtir des communautés résilientes.
En choisissant Kara, le Gouvernement a voulu montrer que la cohésion nationale ne se décrète pas uniquement à Lomé. Elle se construit dans les régions, avec les acteurs de proximité. Et elle se construit avec des structures comme l’IPDCP qui travaillent patiemment à rapprocher les communautés. Cette 4ᵉ édition du forum consacre ainsi le passage d’un dialogue qui se contente de parler de paix à un dialogue qui s’organise pour la produire, chaque jour, dans chaque quartier et dans chaque village.

