La lutte contre la corruption change d’échelle. Après les sanctions et les contrôles, le Togo mise sur la prévention par l’éducation. Ce mardi 10 juin 2026, la Haute Autorité de Prévention et de Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées a franchi un cap décisif à l’Université de Kara : la signature officielle de la décision créant une cellule de réflexion dédiée à l’intégration des enseignements sur l’éthique, l’intégrité et la lutte contre la corruption dans les maquettes pédagogiques.
De la répression à la prévention : changer la culture par l’université
La cérémonie, co-présidée par la Professeure Prénam Houzou-Mouzou, Présidente de l’Université de Kara, et M. Aba Kimelabalou, Président de la HAPLUCIA, marque la volonté de traiter le mal à la racine. L’objectif est ambitieux : ancrer durablement les valeurs de responsabilité, de transparence et d’exemplarité dans la formation de la jeunesse universitaire, future élite administrative, économique et politique du pays.
Pour M. Kimelabalou, cette initiative répond à une urgence sociétale. « La corruption prospère là où l’éthique vacille. Si nous voulons des institutions fortes demain, nous devons former des citoyens intègres aujourd’hui », a-t-il souligné. La cellule aura donc pour mission d’identifier les mécanismes et approches pédagogiques les plus adaptés à l’enseignement supérieur. Il ne s’agit pas d’ajouter un cours magistral de plus, mais de penser une stratégie opérationnelle qui infuse l’ensemble des disciplines : droit, économie, médecine, sciences sociales, ingénierie.
15 experts, 2 mois pour bâtir une stratégie concrète
Composée de 15 membres issus de l’université et de la HAPLUCIA, la cellule dispose d’un délai de deux mois pour rendre ses conclusions. Sa feuille de route est claire : proposer des modules d’enseignement, des études de cas pratiques, des méthodes interactives capables de faire de l’intégrité un réflexe, et non un discours.
Le Président de la HAPLUCIA a rappelé que cette démarche s’aligne parfaitement avec les orientations prioritaires des pouvoirs publics en matière de bonne gouvernance. Il a salué l’engagement constant de l’Université de Kara, qui se positionne comme un laboratoire de cette nouvelle approche préventive.
L’Université de Kara, laboratoire de la citoyenneté intègre
De son côté, la Professeure Houzou-Mouzou a insisté sur la portée structurante du projet. « Cette cellule ne crée pas seulement un cours. Elle contribue à façonner une génération d’étudiants conscients des exigences éthiques et des dégâts causés par la corruption. Former des compétences sans conscience, c’est armer l’avenir contre lui-même », a-t-elle affirmé.
Elle a réaffirmé l’engagement total de son institution à accompagner les travaux, à mettre à disposition les ressources nécessaires et à intégrer, dès que possible, ces unités d’enseignement dans l’offre de formation de l’université.
Un pas décisif contre les morts sociales de la corruption
À l’heure où la corruption grève le développement et mine la confiance des citoyens, l’Université de Kara et la HAPLUCIA choisissent la pédagogie. En formant des esprits et non seulement des diplômes, elles plantent la graine d’un Togo où l’intégrité ne sera plus l’exception, mais la norme. Car la meilleure arme contre la corruption n’est pas seulement la loi. C’est une conscience.

