Pendant deux jours, la capitale togolaise a été le cœur battant de la diplomatie africaine pour la paix. Les 7 et 8 juin, à l’initiative de Son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil de la République togolaise et Médiateur désigné par l’Union africaine pour le règlement du conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo, s’est tenue une réunion d’évaluation semestrielle des activités menées au titre de la Médiation africaine. Une rencontre qui a réuni à Lomé l’ensemble des artisans de la paix dans la région des Grands Lacs, autour d’un constat lucide et d’une volonté commune renouvelée.
Sous la présidence effective du Médiateur, le Panel des facilitateurs s’est mobilisé dans sa quasi-totalité. L’ancienne Présidente de la République fédérale démocratique d’Éthiopie, Sahle-Work Zewde, vice-présidente du Panel, l’ancienne Présidente de la République centrafricaine Catherine Samba-Panza, l’ancien Président du Botswana Mokgweetsi Masisi et, en visioconférence, l’ancien Président du Kenya Uhuru Kenyatta ont pris part aux travaux. L’ancien Président fédéral du Nigeria, Olusegun Obasanjo, également membre du Panel, y était représenté. La Commission de l’Union africaine, cheville ouvrière de l’architecture institutionnelle, a apporté sa contribution technique et politique. La Communauté d’Afrique de l’Est, la Communauté de développement de l’Afrique australe et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, en leur qualité de membres du Secrétariat conjoint indépendant, ont assuré la coordination opérationnelle des échanges.
L’Organisation des Nations unies était présente à travers son Envoyé spécial pour les Grands Lacs et le Représentant spécial du Secrétaire général, Chef de la MONUSCO. La Communauté économique des États d’Afrique centrale, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et le Comité international de la Croix-Rouge ont également apporté leur regard sur les dimensions humanitaire et sécuritaire de la crise. Cette diversité d’acteurs témoigne de la centralité retrouvée de la médiation africaine, désormais arrimée aux dynamiques internationales sans s’y diluer.
Les travaux ont d’abord consisté en un bilan sans complaisance des six derniers mois. Depuis la réunion de haut niveau du 17 janvier 2026, également tenue à Lomé, la Médiation africaine a fait le choix d’une approche de cohérence et de proximité. Il s’agissait de remettre de l’ordre dans une architecture longtemps fragmentée, d’harmoniser les initiatives et de rapprocher les positions. Les participants ont salué cette méthode qui privilégie le dialogue direct avec les parties et l’implication active des pays voisins et des organisations sous-régionales. Une approche qui commence à porter ses fruits en termes de crédibilité, mais dont l’impact sur le terrain demeure insuffisant face à l’aggravation de la situation.
Car le tableau dressé à l’Est de la RDC demeure sombre. La réunion a exprimé une vive préoccupation devant la répétition des violations du cessez-le-feu, la détérioration continue de la situation humanitaire, les déplacements massifs de populations et l’intensification des attaques contre les civils, marquées désormais par un recours accru aux drones. Face à cette dégradation, les participants ont rappelé avec fermeté aux parties leurs engagements souscrits dans les processus de Washington et de Doha, en particulier le respect du cessez-le-feu, l’ouverture concertée de corridors humanitaires et l’adoption de mesures de confiance immédiates.
La réunion a pris acte de la reprise du processus de Doha et salué la signature, à Montreux, du Mémorandum d’entente relatif à l’opérationnalisation du Mécanisme conjoint de vérification élargi du cessez-le-feu. Elle a également reconnu les avancées enregistrées dans la mise en œuvre de l’Accord de Washington. Ces deux processus, soutenus par le Qatar et les États-Unis, gagnent en pertinence du fait de l’implication assumée de la Médiation africaine. Cette articulation est perçue comme un atout majeur : elle confère aux efforts africains une légitimité et une crédibilité reconnues par toutes les parties, un capital politique qu’il convient de préserver et de consolider.
Pour autant, l’évaluation a mis en lumière des marges de progrès. La coordination entre le Bureau du Médiateur et la Commission de l’UA doit gagner en fluidité. Le Secrétariat conjoint indépendant doit fonctionner à plein régime pour assurer le suivi opérationnel. Les missions des facilitateurs requièrent une préparation plus rigoureuse sur les plans politique, sécuritaire et logistique. La communication vers les Communautés économiques régionales et vers l’opinion publique doit être renforcée afin de rendre visibles les avancées et d’entretenir la confiance. Enfin, les contraintes administratives et financières qui pèsent sur la réactivité de la coordination doivent être levées pour donner à la médiation les moyens de son ambition.
De ces constats sont nées des orientations stratégiques pour le second semestre 2026. Le renforcement de la coordination interne entre le Bureau du Médiateur, le Panel des facilitateurs, la Commission de l’UA et le Secrétariat conjoint indépendant a été placé au premier rang. Un mécanisme de concertation régulière et un rapport mensuel au Médiateur doivent désormais structurer le partage de l’information. L’efficacité opérationnelle du Panel passera par une préparation systématique de ses missions et une expertise technique adaptée mise à sa disposition. Sur le plan politique, la réunion a insisté sur la nécessité de structurer une contribution africaine claire et lisible aux processus complémentaires de Washington et de Doha, afin d’en accroître l’appropriation et la légitimité sous la conduite du Médiateur désigné de l’Union africaine. La mobilisation des ressources et la gestion administrative devront quant à elles répondre aux exigences d’agilité et d’efficience.
Au-delà de la technique, les participants ont lancé des appels solennels. Aux parties en conflit, il est demandé de faire preuve de bonne foi, de respecter scrupuleusement les cessez-le-feu, d’accélérer les échanges de prisonniers et de permettre sans délai l’acheminement de l’aide humanitaire. Aux États et organisations engagés, il est demandé de conjuguer leurs efforts dans un esprit de solidarité et de respect strict des mandats définis par l’architecture de médiation adoptée à Lomé le 17 janvier 2026. Aux partenaires internationaux, il est demandé un soutien prévisible et cohérent, dans le respect de la primauté du leadership africain.
Sur le plan opérationnel, plusieurs décisions ont été actées. Les plans de travail des membres du Panel des facilitateurs seront ajustés pour intégrer les leçons du premier semestre et les nouvelles orientations. Le Secrétariat conjoint indépendant est chargé d’élaborer un plan d’action opérationnel détaillé, qui sera soumis à l’adoption lors de la réunion technique prévue en juillet 2026 à Gaborone, au Botswana. Un rapport assorti de recommandations sera remis au Médiateur pour décision. Les Communautés économiques régionales sont invitées à intensifier leur participation aux mécanismes de coordination et à mobiliser les ressources nécessaires. Le Médiateur, appuyé par le Panel et en coordination avec la Commission de l’UA, intensifiera le dialogue direct entre les principaux protagonistes afin de restaurer la confiance, condition sine qua non de toute paix durable.
En clôture, les participants ont réaffirmé leur conviction commune : le rétablissement de la paix dans l’Est de la RDC et la stabilisation de la région des Grands Lacs constituent un impératif moral, politique et stratégique pour l’Afrique et pour la communauté internationale. Ils ont rendu un hommage appuyé à Faure Essozimna Gnassingbé pour son engagement inlassable et au Gouvernement ainsi qu’au peuple togolais pour la qualité de l’accueil et des dispositions prises.
Animés d’une volonté collective renouvelée et d’un sens aigu de la responsabilité partagée, les acteurs de la médiation africaine quittent Lomé avec une feuille de route claire. Leur engagement est de mettre en œuvre avec diligence et cohérence les décisions prises, d’honorer les engagements souscrits et d’œuvrer, sans relâche, à l’avènement d’une paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo et dans toute la région des Grands Lacs.

