Le modèle d’investissement en infrastructures doit changer. C’est le message porté le vendredi 29 mai 2026 à Lomé par Abdoulaye Daffe, vice-président de la Banque ouest-africaine de développement, BOAD. À l’ouverture de l’atelier régional de diffusion des résultats de l’étude sur « l’analyse des inégalités d’accès aux infrastructures économiques dans l’UEMOA : Transport, Énergie et TIC », il a appelé les États membres à « construire désormais des infrastructures plus inclusives, plus résilientes et mieux réparties sur le territoire ».
L’atelier, organisé en mode hybride, réunit représentants des États, partenaires techniques et financiers, institutions communautaires, banques multilatérales et de développement, secteur privé, universités et centres de recherche. Objectif : partager les conclusions de l’étude BOAD-CEA, favoriser leur appropriation et orienter les prochains financements vers les secteurs et zones prioritaires.
Un déficit infrastructurel qui freine la convergence
Réalisée en 2025 par la BOAD, avec l’appui de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, CEA, cette étude s’inscrit dans la stratégie de production intellectuelle de la Banque et dans son nouveau Plan stratégique 2026-2030, « Plan Djoliba… La Suite ». Les constats sont sans complaisance.
Malgré des investissements massifs consentis par les États et les institutions de développement, l’espace UEMOA accuse un retard de dotation en infrastructures économiques par rapport à d’autres zones de référence comme la CEDEAO hors UEMOA, les Seychelles ou l’île Maurice. Ce retard pèse sur la compétitivité, l’intégration régionale et la cohésion sociale.
Plus préoccupant, les inégalités d’accès restent profondes. Entre villes et campagnes, entre territoires côtiers et espaces enclavés, entre catégories sociales et économiques, l’écart se creuse. Or, comme l’a rappelé Abdoulaye Daffe, les infrastructures sont aujourd’hui un enjeu de souveraineté économique, de compétitivité régionale, de cohésion territoriale et de stabilité sociale.
Énergie, transport, numérique : les points de rupture
L’étude détaille les fractures sectorielles. Dans l’énergie, moins d’un habitant sur deux a accès à l’électricité dans l’Union, avec des taux encore plus faibles en milieu rural. Sans énergie fiable, les hôpitaux, écoles et PME peinent à fonctionner.
Dans les transports, l’insuffisance des corridors intégrés, la faiblesse du réseau ferroviaire et le coût élevé de la logistique continuent d’alourdir les échanges intra-régionaux. Les chaînes de valeur peinent à se structurer et la compétitivité des économies en souffre.
Sur le numérique, la fracture demeure critique. L’accès au haut débit conditionne désormais l’éducation, les services financiers, l’accès aux marchés et la création d’emplois. Laisser une partie des populations hors connexion, c’est hypothéquer leur avenir économique.
Changer de paradigme : de la quantité à l’impact
Pour le vice-président de la BOAD, ces résultats imposent un changement d’approche. « Ils montrent d’abord que, malgré les investissements importants réalisés ces dernières années, l’UEMOA demeure confrontée à un déficit infrastructurel significatif, aussi bien en quantité qu’en qualité », a-t-il déclaré.
La priorité n’est plus seulement d’augmenter les volumes investis. Il faut viser l’impact économique, social et territorial. Cela passe par une meilleure gouvernance des investissements publics, une planification territoriale plus équilibrée, et un effort soutenu sur la maintenance des ouvrages existants.
La BOAD insiste aussi sur la mobilisation de financements innovants et sur une implication plus forte du secteur privé à travers des partenariats structurants. « Aucun de nos États ne pourra, à lui seul, relever efficacement les enjeux liés au financement des infrastructures, à la connectivité régionale, à la transition énergétique ou encore à l’inclusion numérique », a souligné Abdoulaye Daffe. Une réponse régionale concertée s’impose.
Mme Ngoné Diop, directrice du bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest de la CEA, a renchéri par visioconférence lors de ce premier atelier de validation technique. Pour elle, les recommandations de l’étude doivent maintenant se traduire en politiques publiques ciblées, mieux financées, mieux coordonnées et adossées à une gouvernance rigoureuse.
En mettant l’inclusion et la résilience au cœur de la prochaine génération de projets, l’UEMOA peut transformer son déficit infrastructurel en levier de réduction de la pauvreté, de productivité et d’intégration régionale.

