Le monde académique et le secteur privé togolais viennent de se donner une boussole commune. Ce 17 avril, l’Université de Lomé et la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo ont signé un accord-cadre de partenariat destiné à lier durablement les cursus universitaires aux besoins de l’économie. La cérémonie s’est tenue à la salle Prof. Koffi Ahadzi-Nonou de la présidence de l’UL, en présence du directeur de cabinet du président de l’Université, Dr Kodjo Sosoe, du directeur adjoint de la DIRECOOPS, Dr Kokou Azamédé, d’une importante délégation de la CCI-Togo, ainsi que d’enseignants-chercheurs et d’étudiants. Au-delà du symbole, le texte ouvre un chantier concret. Former mieux, insérer plus vite, innover ensemble.
Une réponse institutionnelle à l’urgence de l’employabilité
L’accord part d’un constat partagé. Le Togo diplôme chaque année des milliers de jeunes que le marché du travail peine à absorber, pendant que les entreprises disent manquer de profils immédiatement opérationnels. Pour le président de l’Université de Lomé, le professeur Kossivi Hounaké, le moment est venu de changer de logiciel. « Il ne s’agit plus de former pour former », a-t-il rappelé. L’université doit produire des compétences alignées sur les chaînes de valeur locales, les projets d’investissement et les exigences des opérateurs.
Le président de la CCI-Togo, Dr Kwassi Simenou, complète le diagnostic. L’État ne peut plus être le principal employeur des diplômés. Le secteur privé doit prendre le relais, à condition de disposer de ressources humaines formées aux réalités du terrain. L’accord-cadre vise précisément à combler cet écart entre l’offre académique et la demande économique.
Sept axes pour passer de l’intention à l’action
L’article 2 de la convention fixe des domaines d’intervention précis et complémentaires. Recherche et développement pour nourrir l’innovation des entreprises. Mise en œuvre de projets conjoints afin de tester les solutions en conditions réelles. Formation et renforcement des compétences pour actualiser les savoir-faire. Soutien à l’entrepreneuriat pour faire émerger des créateurs d’emplois. Mobilité des étudiants afin de rapprocher les campus des zones d’activité. Promotion de la compétitivité par la veille, les études de marché et les standards de qualité. Formation en langues étrangères pour lever la barrière linguistique qui pénalise les opérateurs togolais à l’international.
Chaque axe engage les deux parties. L’université apporte ses laboratoires, ses enseignants, sa capacité d’ingénierie pédagogique. La Chambre apporte ses entreprises membres, ses besoins exprimés, ses terrains de stage et d’alternance, sa connaissance des marchés. L’idée n’est pas d’additionner des sigles, mais de croiser des ressources.
Des projets structurants annoncés dès la prochaine rentrée
La convention ne reste pas au niveau des principes. Trois projets sont déjà programmés. Une école de commerce centrée sur les techniques de négociation, l’analyse des accords et la gestion de projets. L’objectif est de former des cadres capables de conclure des contrats, de piloter des livrables et de parler le langage des bailleurs et des investisseurs.
Deuxième projet. Un centre des métiers délocalisé à Aného, en partenariat avec la Chambre. L’approche est territoriale. Rapprocher la formation des bassins d’emploi, notamment dans l’économie bleue, l’agro-transformation et les services portuaires. Troisième projet. Une école de formation en mécanique pour répondre aux besoins des unités industrielles, des flottes logistiques et des ateliers de maintenance.
À cela s’ajoute un centre de formation en langues orienté « business », pensé pour les dirigeants, les commerciaux et les négociateurs. Anglais, mais aussi d’autres langues de marché selon la demande. Le but est clair. Permettre aux hommes et femmes d’affaires togolais de défendre leurs intérêts sans interprète et de sécuriser leurs contrats.
Une coopération gagnant-gagnant, sous conditions
Pour le Dr Kokou Azamédé, directeur adjoint en charge de la Coopération universitaire, l’accord ouvre la voie à une coopération structurée et mesurable. Du côté étudiant, les bénéfices attendus sont concrets. Mobilité accrue entre campus et entreprises, stages encadrés, projets tutorés, accès facilité à l’emploi, mentorat par des professionnels. Du côté des opérateurs économiques, l’intérêt est tout aussi tangible. Un vivier de compétences pré-qualifiées, des recherches appliquées à leurs problématiques, des formations continues pour leurs salariés.
Le soutien à l’entrepreneuriat est érigé en levier transversal. Incubation, coaching, accès aux réseaux de la Chambre, accompagnement au montage de dossiers. L’ambition est de faire émerger une génération de diplômés créateurs plutôt que demandeurs d’emplois.
Un pilotage pour éviter l’accord d’étagère
Pour que l’accord produise des résultats, un comité de suivi et d’évaluation a été mis en place. Sa feuille de route est explicite. Coordonner les actions, mesurer les résultats, identifier de nouvelles pistes de collaboration, valoriser les initiatives qui fonctionnent. L’indicateur ultime ne sera pas le nombre de réunions, mais le taux d’insertion à six et douze mois, le nombre de contrats d’alternance signés, les brevets ou procédés issus des projets conjoints, et l’évolution du chiffre d’affaires des PME accompagnées.
Ce que ce pacte change dans l’écosystème
Cette signature déplace trois lignes. D’abord, la gouvernance de la formation. L’entreprise entre dans la définition des compétences, l’université entre dans la résolution des problèmes de l’entreprise. Ensuite, la géographie de l’offre. Avec Aného, la formation sort de Lomé et va vers les territoires productifs. Enfin, la finalité des savoirs. La langue devient un outil de compétitivité, la recherche un levier de marché, le stage un pré-recrutement.
En liant l’UL et la CCI-Togo par un cadre durable, le Togo fait le pari de l’alignement stratégique. L’université garde sa mission de production de savoirs, mais elle l’arrime aux chaînes de valeur. La Chambre défend ses membres, mais elle investit dans le capital humain qui fera leur croissance. Si le comité de suivi tient ses promesses, l’accord du 17 avril 2026 pourrait devenir la matrice d’un modèle national. Former utile, insérer vite, innover ensemble.

