Présent au Bénin durant toute la campagne électorale, Togbui LANKLIVI Adjikou 1er, acteur de développement togolais, livre à _L’Autre Afrique_ son analyse d’un scrutin qu’il qualifie de « moment de vérité démocratique et économique » pour la sous-région.
L’Autre Afrique : Monsieur Lankivi, vous avez vécu l’élection présidentielle au Bénin qui a consacré la victoire de Romuald Wadagni. Quelles sont vos impressions ?
Togbui LANKLIVI Adjikou 1er :
Mon impression première est celle d’un scrutin qui marque un tournant institutionnel et politique pour le Bénin, mais aussi pour la sous-région. Trois éléments méritent d’être soulignés.
1. La maturité du processus électoral
J’ai observé un déroulement globalement apaisé, avec une organisation technique maîtrisée par la CENA et un taux de participation qui témoigne de l’attachement des Béninoises et des Béninois au suffrage universel. Les missions d’observation, nationales comme internationales, ont relevé des améliorations notables sur la transparence des opérations de vote et la centralisation des résultats. Dans un contexte ouest-africain traversé par des tensions démocratiques, c’est un signal important.
« Quand un peuple va voter sans peur et que les résultats sortent sans doute, c’est que la République a fait son travail. Le Bénin vient de rappeler que la démocratie n’est pas une cérémonie, c’est une méthode », a-t-il confié en marge d’un échange avec des jeunes à Porto-Novo.
2. La portée du choix porté sur Romuald Wadagni
La victoire de Romuald Wadagni traduit d’abord la reconnaissance d’un bilan économique. Son profil de technocrate, son parcours au ministère de l’Économie et des Finances, puis à la tête du gouvernement, ont installé l’idée d’une gestion rigoureuse des finances publiques, d’une amélioration du climat des affaires et d’un respect des critères de convergence de l’UEMOA. Les électeurs semblent avoir privilégié la continuité des réformes et la stabilité macroéconomique, dans un environnement international volatil.
Mais cette élection porte aussi une attente sociale forte. La croissance doit désormais se traduire plus directement en emplois pour la jeunesse, en protection sociale élargie et en réduction des inégalités territoriales. Le Président élu hérite d’un pays qui a consolidé ses fondamentaux, et qui attend la seconde jambe de la marche : l’inclusion.
3. Les défis de l’après-élection
Trois chantiers me paraissent prioritaires pour le nouveau mandat.
D’abord, la consolidation démocratique. Le taux de participation et la cartographie du vote montrent qu’une partie de l’électorat reste à convaincre. Le dialogue politique, l’ouverture de l’espace civique et la confiance dans les institutions seront déterminants pour transformer une victoire électorale en adhésion nationale.
Ensuite, la transformation économique. Le Bénin a posé les bases avec le Port de Cotonou, la GDIZ, et l’assainissement budgétaire. L’enjeu est maintenant d’accélérer l’industrialisation, de massifier la création d’emplois formels et de faire du secteur privé national un véritable moteur de croissance.
Enfin, la dimension sociale et sécuritaire. La menace sécuritaire au nord du pays, la pression sur le foncier rural et les attentes en matière d’éducation et de santé appellent des réponses rapides, territorialisées et financées de manière soutenable.
En conclusion , j’ai vécu cette élection comme le choix de la compétence et de la stabilité, dans un pays qui a décidé de ne pas jouer avec ses acquis. La légitimité des urnes est là. La réussite du mandat se jugera à la capacité du Président Wadagni à élargir le cercle des bénéficiaires des réformes, à maintenir le cap de la rigueur sans sacrifier la cohésion, et à faire du Bénin un exemple de développement démocratique et économique en Afrique de l’Ouest.
Je vous remercie.

