Dans un monde fracturé par les crises, le Président togolais Faure Essozimna Gnassingbé a porté une voix audacieuse lors du 7ᵉ sommet UE-UA à Luanda, centrant son discours sur une citation devenue symbole : « Une Afrique souveraine et stable réduit les vulnérabilités européennes. Une Europe lucide et engagée renforce la sécurité et la souveraineté africaines ». Une déclaration qui résume sa vision d’une coopération équilibrée, où chaque continent tire sa force de l’autre.
Souveraineté africaine : Un rempart contre les crises globales
Gnassingbé a martelé que l’autonomie de l’Afrique n’est pas un idéal abstrait, mais une nécessité stratégique. « La stabilité de Bamako ou de Ouagadougou se répercute sur la sécurité de Paris ou de Bruxelles », a-t-il illustré, rappelant les liens entre terrorisme sahélien et flux migratoires vers l’Europe. Le Président a cité en exemple le mécanisme africain de réponse aux crises, financé à 60 % par des États du continent, preuve selon lui que « l’Afrique investit dans sa propre résilience ».
Europe engagée : Au-delà de l’aide, des partenariats concrets
Pour lui, l’Europe doit sortir d’une logique d’assistance pour embrasser un rôle de partenaire technique et financier. « Imaginez l’impact si l’UE mutualisait ses fonds avec nos banques régionales pour électrifier 10 000 villages d’ici 2030 », a-t-il lancé, appelant à des projets structurants plutôt qu’à des « promesses éphémères ». Un plaidoyer appuyé par des chiffres : 70 % des investissements européens en Afrique restent concentrés sur les secteurs miniers, loin des priorités comme l’agro-industrie ou le numérique.
Pour le leader togolais, les nations ne peuvent plus envisager leur avenir de manière isolée. Elles doivent s’inscrire dans une dynamique collective pour répondre efficacement aux défis actuels liés notamment à la consolidation de la paix et de la stabilité. C’est pourquoi, il souligne avec insistance que la coopération entre l’Afrique et l’Europe est indispensable pour relever ces défis tant leurs destins demeurent étroitement liés.
« Dans un monde marqué par la défiance et la fragmentation, la paix est redevenue un enjeu global, elle n’est plus un acquis mais un combat quotidien et ce combat, l’Afrique et l’Europe doivent le mener ensemble. La sécurité africaine et la sécurité européenne sont indissociables » a-t-il indiqué.
Pour orienter de manière cohérente ce nouveau paradigme de partenariat UE-UA en faveur de la paix mondiale et mettre en avant les priorités actuelles, le Président du Conseil a structuré son intervention autour de trois axes principaux.
Il a d’abord insisté sur la paix et la sécurité en tant que bien public mondial, dont l’Afrique assume la responsabilité première. Il a ensuite appelé à la rénovation du multilatéralisme, afin de bâtir un ordre mondial plus juste et représentatif. Enfin, il a souligné l’importance de construire une architecture de paix commune entre l’Union européenne et l’Union africaine, fondée sur la coopération, la confiance mutuelle et la résilience des populations.
Paix et sécurité : un bien public mondial porté d’abord par l’Afrique
Conformément au nouveau paradigme du Président du Conseil, la paix et la sécurité constituent un bien public mondial dont l’Afrique assume la première responsabilité. Dans cette logique, il apparaît clairement que la stabilité mondiale est indissociable de celle du continent africain : tant que l’Afrique est fragilisée, le reste du monde ne peut prétendre à une sécurité durable.
« D’abord nous devons reconnaître que la paix et la sécurité sont des biens publics mondiaux dont la première prise en charge est, et reste africaine. La stabilité de l’Afrique conditionne celle du monde » a-t-il relevé.
Pour le Président du Conseil, une sécurité durable doit être financée comme un bien public mondial et gérée comme une responsabilité partagée. Elle ne peut être importée, elle doit être construite localement, en s’appuyant sur ses propres priorités.
Il a ainsi plaidé pour une coopération qui reconnaît l’Afrique comme garante de sa sécurité, une coopération qui soutient les institutions régionales, renforce les capacités logistiques et finance durablement la paix sur le continent. Cela suppose aussi le soutien des capacités africaines, la réduction du coût global de l’instabilité et la gestion des impacts des crises sécuritaires sur les économies européennes.
Rénovation du multilatéralisme pour un ordre mondial plus juste et représentatif
Le Président du Conseil préconise une rénovation du multilatéralisme, afin de parvenir à un système plus juste et représentatif. « Le multilatéralisme ne doit pas être abandonné, mais il doit être rénové. Nous assistons aujourd’hui à une fragmentation du monde. Paradoxalement, c’est précisément le moment de défendre un multilatéralisme plus juste et plus représentatif. Nous ne défendons pas le multilatéralisme par nostalgie, mais par nécessité », a-t-il déclaré.
Pour Faure Gnassingbé, cette nécessité est incontournable, car si les institutions internationales ne reflètent pas la réalité du monde, elles seront contournées et le vide ainsi créé, sera comblé par la loi du plus fort.
« L’Europe a intérêt à ce que le monde reste gouverné par des règles, et non par des rapports de force. C’est le sens du partenariat stratégique que nous devons défendre ensemble », a-t-il ajouté, appelant à une coopération renforcée entre l’Afrique et l’Europe pour préserver un ordre mondial stable et équitable.
Construire une architecture de paix commune Union européenne-Union africaine
Le Président du Conseil, Faure Gnassingbé a réaffirmé sa vision de co-construction d’une architecture de paix entre les États africains et les membres de l’Union européenne.
Face à des menaces sécuritaires hybrides notamment le terrorisme, la cybercriminalité et la désinformation, il a souligné la nécessité des réponses systémiques, conjointes et fondées sur la résilience des populations africaines.
Le Président du Conseil a mis en exergue le rôle central de la jeunesse africaine dans la construction d’une paix durable. Pour Faure Gnassingbé, les jeunes ne sont pas de simples bénéficiaires des politiques de sécurité, mais des acteurs à part entière de la co-construction de la stabilité. Les former, les écouter et les impliquer dans les processus de décision et de prévention des conflits, constitue un investissement stratégique pour l’avenir du continent.
« L’Afrique et l’Europe doivent construire ensemble une architecture de paix complète et commune. Je veux rappeler que la jeunesse africaine sera nécessairement au cœur de cette architecture de paix. Former, écouter et impliquer nos jeunes, c’est investir dans la stabilité de demain, car la paix durable ne se décrète pas, elle s’apprend, elle se construit, elle se transmet », a-t-il souligné.
La rédaction

